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Notes on theatricality

It is about re shaping a concept coming from the theatrical field in order to approach artists practices and open a point of view on cities, and the invention of life practices. The notion of theatricality is an open concept, even fragile, carrying a diffuse dimension of theater around effects of presence, decor, event, improvisation, performative … What appears as theatrical in the life of cities and on stage. The questions and forms of creation are not reduced to the theater practice. They come before or exceed it. The theatricality is also a concept used in a post colonial context, in order to stage an alternative field of practices with a theatrical and performative dimension, but whose regime of experience is not referring to the points of reference of the occidental theater. 

Il s’agit de travailler à partir d’un concept issu du champ théâtral pour nourrir une approche du travail de création et un regard sur les villes et les pratiques de vie qui s’y inventent. La notion de théâtralité est un concept ouvert, voire fragile, porteur d’une dimension diffuse du théâtre, qui se construit autour d’effets de présence, de décor, d’événement, d’improvisation, de performatif … Ce qui  fait théâtral dans la vie, dans la ville et sur la scène. Les questionnements et les formes de création ne se réduisent pas à la pratique théâtrale. Ils la précèdent ou l’excèdent. La théâtralité est aussi un concept utilisé dans un contexte post colonial, afin de nommer un champ alternatif de pratiques à dimension théâtrales et performatives, mais dont le régime d’expérience ne se réfère pas aux repères du théâtre occidental. 

 

Jean Genet, Un captif amoureux p.74 (à propos des Black Panthers) :

“Fragile par sa frange irisée dont j’ai parlé, par le mode de financement du mouvement, par la quantité d’images de télé, qui étaient par définition fugaces, par la rhétorique à la fois brutale et tendre, non soutenue par une réflexion interne sévère, par une théâtralité inconsistante – la théâtralité en somme -, par la qualité des emblèmes vite effacés.

Reprenons : par la frange irisée. Sans doute elle constituait une sorte de barrage entre les Blancs et les Panthères, mais, outre que ce barrage était frivole, il y avait interpénétration entre lui et les Panthères.

Le mode de financement : parmi la bohème dorée, riche, noire et blanche, il y eut un engouement rapide. Les chèques furent nombreux, des formations de jazz, des troupes théâtrales versèrent à la caisse la recette de plusieurs spectacles. Les Panthères furent tentés de dépenser pour les avocats, les procès, les indispensables détours. Ils furent aussi tentés de dilapider et ils cédèrent.

Les images de télé : images mobiles, mais à deux dimensions, qui relèvent plutôt de l’imaginaire, donc de la rêverie que du fait brut. (…)

La théâtralité, comme la télé, rejette dans l’imaginaire, mais par les moyens du rituel. »

 

Roland Barthes parle de « théâtralité » dès 1954 – concept forgé à partir de l’adjectif théâtral – pour désigner la propriété du phénomène situé dans l’épaisseur de signes, et caractérisant la représentation scénique :

« Qu’est-ce que le théâtre ? Une espèce de machine cybernétique (une machine à émettre des messages, à communiquer). Au repos, cette machine est cachée derrière un rideau. Mais dès qu’on la découvre, elle se met à envoyer à votre adresse un certain nombre de messages. Ces messages ont ceci de particulier, qu’ils sont simultanés et cependant de rythme différent ; en tel point du spectacle, vous recevez en même temps 6 ou 7 informations (venues du décor, du costume, de l’éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole), mais certaines de ces informations tiennent (c’est le cas du décor) pendant que d’autres tournent (la parole, les gestes) ; on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c’est cela la théâtralité : une épaissseur de signes. »

(Roland Barthes, Littérature et signification, Essais critiques, Paris, Seuil/Points, 1981 (1963), p. 258.)

Et aussi :
« Qu’est-ce que la théâtralité ? C’est le théâtre moins le texte, c’est une épaisseur de signes et de sensations qui s’édifie sur la scène (…) »

(Roland Barthes, « Le Théâtre de Baudelaire », Essais critiques, Paris, Seuil/Points, 1981 (1954), p. 41.)

La scène pouvant ici être comprise comme étant dans la ville, ou la ville elle-même.

 

Bernard Dort, La représentation émancipée, Actes Sud, 1988, p.184 :

« Aujourd’hui, par l’émancipation progressive de ses différentes composantes, elle (la représentation) s’ouvre sur une activation du spectateur et renoue ainsi avec ce qui est peut-être la vocation même du théâtre : non de figurer un texte ou d’organiser un spectacle, mais d’être une critique en acte de la signification. Le jeu y retrouve tout son pouvoir. Autant que construction, la théâtralité est interrogation du sens« .

 

Sur théâtralité et performance, voir en particulier Richard Schechner. 

(en cours)

Schechner utilise aussi le terme de théâtralité pour décrire l’expérience que nous faisons, en tant que spectateur. Dans un texte intitulé Esthétique rasa et théâtralité ( In Performance, Ed Théâtrales, 2008), il dit ceci :  « Où se trouve donc la théâtralité dans le corps ? Traditionnellement, dans le théâtre occidental, elle se trouve dans les yeux. Assurément l’ouïe est importante, mais ne dit-on pas que voir, c’est croire ? L’étymologie et la pratique nous montrent que le théâtre est le lieu d’où l’on voit, ainsi qu’un lieu où l’on va pour voir. (…) Dans d’autres tradition culturelles, la théâtralité investit d’autres parties du corps. Ainsi la bouche, ou plutôt le passage museau-estomac-boyaux (…) »

Je ne développe pas ici le propos, qui a cependant à voir avec d’autres aspects de nos questionnements, mais c’est pour signaler l’usage ici fait du terme de théâtralité, afin de désigner le régime d’expérience fait par le corps spectateur.

 

 Zora Neale Hurston, Paul Gilroy, Fred Moten, Toni Morrisson…

La notion de théâtralité est intéressante aussi car elle est utilisé par des artistes et penseurs comme Paul Gilroy, Fred Moten, Toni Morisson, et bien d’autres, pour penser une sphère culturelle noire. Notamment à partir des écrits de Zora Neale Hurston qui parle du drame et de la théâtralité comme essence d’une identité noire (Moten, In the break, 234 & surtout Hurston, Characteristics of negro expression, in An anthology, 1934). Cette notion de théâtralité est ici abondamment utilisée pour construire une sphère de pratiques basées sur le drame, la narration, l’antiphonie, l’improvisation, le son, la musique, la performance, le décoratif, qui se configurent dans des contextes autres que celui de la pratique occidentale du théâtre et revêtent une forte signification politique d’affirmation d’identité.

 

 

 

 



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