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Public space / Espace public

How the notion of public space makes sense nowadays in the context of globalized cities ?

Comment la notion d’espace public fait-elle sens aujourd’hui dans le contexte des villes mondialisées ?

The notion of public space is strongly topical. How is it possible to work in cities like Kinshasa or Johannesburg, with such a concept designed for a model of European urbanity. Between Habermas which originates it in the bourgeois living rooms in the XVIIIe century and Arendt which links it to the greek city, between « public space » and and the english notion of « common », this concept is intimately related to the development and the thought of occidental cities : political space for citizens, notions of public sphere, dimension of political representation and mise en scène (staging).

Today the notion often refers to a bit of a lost model, or threatened especially by the privatization of urban spaces (gated communities, laws in commercial centers, all kinds of controls), the infinite extension of cities (dimension of non-places, notion of generic city…), the « communautarisation » of common space, etc. Public space appears as a reference, an ideal of political and secular urbanity, even a form of civility (including some ambiguities) shared in urban space, in a globalized world often described as loosing its marks. In a lot of writings, especially in France (for instance Olivier Mongin in La condition urbaine), this reference would no longer exist in gigantic cities and without limits which are growing up all over the world.

When you walk in Johannesburg (but also in many others cities – especially on the african continent – where we went), it is quite soon visible that this outline is, at least… simplistic. It testifies above all a miss-knowledge of what major non-european cities are becoming, and also eurocentric pre-conceptions which are producing a kind of blindness on the realities of life in cities outside of the old world. For instance a capacity to see only chaos, religious dimensions, in urbanities which are for sure complex, even hard, but where also urbanity is under construction as common space, as confrontation space, resistance, cohabitation… As public space. The researchers on which we are structuring this project (Dominique Malaquais, Abdulmaliq Simone, Achille Mbembe, Sarah Nuttal, Asef Bayat…), grabbed these issues, and especially the notion of public space, and try to reconfigure it in link with urbanities like Kinshasa, Johannesburg, Dakar, Djakarta, Téhéran, Cairo… (there are multiple examples, but we can here quote the notion of « non movement », « art of presence », « quiet encroachments of the ordinary », developed by Bayat, or what he names « the epidemic potential of street politics (in Life as politics). Or, other example, « the public », developed by A. Simone in City Life, from Djakarta to Dakar.

We said it, the notion of Public Space is historically linked in Europe, to the public sphere and to a secular space. Would it mean it wouldn’t work out of these fundamental markers ? But if we read Arendt, where she speaks about the capacity humans have to watch the world at a certain moment and time, each with his own specific « perspective », in a common space, as being fundamental of what is a public sphere, it becomes shiftable.

Public space can be understood as a space for common representation for human, or as « empty space which assembly, links humans and activities and symbolizes the staging (mise en scène) of an affiliation to a common identity, social or public, which can be interpreted (I refer to Emeline Bailly’s lecture during the seminar at ESADS). From this emptiness emerges the possibility of relational experience by humans to places of being in the world. In this emptiness, starting from a permanent re-interpretation of the world, humans create their space. There, imaginaries, identities, ambiances, which are by essence publics – even if they are not systematically secular. Public spaces are becoming the expression of a miscegenation (métissage) of representations (appearance, theatricality, performative…) of the being in the world (être au monde). It means the conception of public space should be open, possible to interpret, a « cosmopolitan space essential to common individual life » (Etienne Cassin). And the fact individuals should be able to project themselves in such a space (the street is created by walking people – De Certeau), means their imaginaries must be recognized as legitimate

Play/Urban, crossing the two radically different urbanities, as Johannesburg and Strasbourg are, intends to explore how urban spaces become public spaces. Through artists projects and actions. How these artistic practices, in urban space, are « playing », performing moments of public space.


La notion d’espace public reste fortement d’actualité. Comment la travailler dans des villes comme Kinshasa ou Johannesburg, alors qu’elle s’est construite pour définir un modèle d’urbanité européenne. Entre Habermas qui en situe l’origine dans les salons bourgeois du XVIIIème siècle et Arendt qui la fait remonter à la cité grecque, entre espace public et common, notion anglaise, ce concept est intimement liée au développement et à la pensée des villes occidentales : espace politique des citoyens, notion de sphère publique, dimension de représentation politique et de mise en scène.

Aujourd’hui, la notion renvoie souvent à un modèle perçu comme perdu, ou du moins menacé notamment par la privatisation des espaces urbains (gated communities, dispositifs juridiques de privatisation commerciale, contrôles, etc.), l’extension infinie des villes (dimension de non lieux, notion de ville générique…), la « communautarisation » de l’espace commun, etc… L’espace public est nommé comme une modèle, un idéal d’urbanité politique et laïque, voire une forme de civilité (non dénuée d’ambiguïtés) partagée dans l’espace de la ville, dans un monde mondialisé souvent décrit comme en perte de repères. Dans de nombreux écrits notamment en France (on pense ici par exemple à Olivier Mongin in La condition urbaine), ce modèle n’aurait plus guère d’existence dans les villes géantes et sans limites qui se déploient un peu partout dans le monde.

Lorsqu’on circule dans Johannesburg (mais aussi dans de nombreuses autres villes- notamment sur le continent africain- que nous avons pratiquées), on s’aperçoit assez vite que le schéma est, pour le moins… simpliste. Il témoigne surtout d’une méconnaissance du devenir des grandes villes non européennes et de préjugés européo centrés qui produisent une forme de cécité sur les réalités de la vie des villes hors du vieux monde. Par exemple, une capacité à ne voir que du chaos, du religieux, dans des urbanités certes complexes, voire dures, mais où se construit aussi de l’urbain en tant qu’espace commun, espace de confrontation, de résistance, de cohabitation… En tant qu’espace public. Les chercheurs auxquels nous adossons ce projet (Dominique Malaquais, Abdulmaliq Simone, Achille Mbembe, Sarah Nuttal, Asef Bayat…), se sont emparés de ces enjeux, et de la notion d’espace public, et tentent de la reconfigurer en lien avec des urbanités comme Kinshasa, Johannesburg, Dakar, Djakarta, Téhéran, Le Caire, etc… (les exemples sont nombreux, mais on peut ici citer les notions de non mouvement, d’art de la présence, d’empiètements silencieux du quotidien développés par Bayat, ou de ce qu’il formule comme the epidemic potential of street politics (in Life as politics). Ou bien « the public », notion développée par A. Simone dans City Life, from Djakarta to Dakar.

On l’a dit, la notion en Europe est liée à la sphère publique et à un espace profane. Du coup elle ne serait pas valable hors ces repères fondamentaux. Mais si on prend Hannah Arendt, qui parle de capacité des hommes à regarder le monde à un moment donné, avec chacun une perspective donnée, dans un espace commun, comme étant ce qui fait la sphère publique, il nous semble que cela devient transposable.

On peut ainsi comprendre l’espace public comme lieu de (re)présentation commune des hommes, ou en tant que vide qui assemble, lie les hommes et les activités et symbolise la mise en scène d’une appartenance à une même entité sociale, publique, susceptible d’être interprétée (selon les termes d’Emeline Bailly lors du séminaire à l’ESADS en 2011). Du vide émerge la possibilité d’expérience de la relation des hommes aux lieux d’être dans le monde. Dans ce vide, à partir d’une ré interprétation continue du monde, les hommes composent leur espace. Y naissent des imaginaires, des singularités individuelles ou collectives, des ambiances, qui sont d’essence publique – même si pas forcément strictement profanes. Les espaces publics deviennent l’expression d’un métissage de (re)présentations (apparence, théâtralité, performatif…) de l’être au monde.
Cela implique que la conception des espaces publics doit être ouverte, interprétable, un espace cosmopolitique essentiel à la vie individuelle commune (Etienne Cassin). Et que les individus soient autorisés à se projeter dans cet espace ( la rue est créée par les marcheurs – De Certeau), que leurs imaginaires soient reconnus comme légitimes.

Play/Urban, à partir d’un croisement des urbanités radicalement différentes de ces deux villes que sont Strasbourg et Johannesburg, entend creuser à cet endroit du devenir espace public de l’espace urbain. Via des actes d’artistes. Comment des pratiques artistiques, inscrites dans l’espace urbain, mettent en jeu des « moments » d’espace public.



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