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Brian Holmes

« Le geste avant gardiste qui consistait à rompre une limite ne produit plus d’effets émancipateurs, quand les limites autoritaires du comportement se font remplacer par la fluctuation élastique d’environnements alléchants sous surveillance continue. Pour y répondre, il faudrait développer une contre – fluctuation qui se décroche des dynamiques normatives. Comme (Ricardo) Basbaum l’écrit en 1992 : Depuis longtemps a disparu la possibilité illusoire de construire des modèles qui n’incorporent pas, dans leur structure même, la capacité et la nécessité d’une mobilité constante, comme la condition de leur existence et de leur survie – modèles qui deviennent de cette manière de véritables constructions stratégiques, des systèmes qui conjuguent l’action et la pensée. (R. Basbaum, Quatro caracteristas de arts nas sociedades de contrôle, manuscrit du travail écrit présenté au Curso de Mestrado em Communicacao e Cultura, ECO Université fédérale de Rio de Janeiro, 1992.). C’est une stratégie de résistance qui est ici en jeu. dans le même texte, Basbaum indique quatre caractéristiques des pratiques artistiques devant les nouvelles procédures de contrôle :

1°) Un environnement machinique autopoïétique, ou auto-renouvelant, dont l’autonomie se développe par variation continue vis-à-vis de tout ce qui l’entoure ;

2°) Une intervention qui consiste non pas dans la rupture de frontières génériques ou disciplinaires, mais dans une confrontation locale avec des formes culturelles diffuses ;

3°) Un statut impersonnel de l’artiste, qui devient un vecteur pour la théâtralisation d’un environnement vécu, à travers la diffusion d’une « mythologie individuelle » ;

4°) Une nouvelle réception du travail artistique, dans laquelle un spectateur – participant adopte une position éthique – esthétique – créatrice.

(…)

Loin de reproduire ou de mimer un appareil de contrôle, les dispositifs fournissent le cadrage initial d’un environnement autopoétique d’interaction et de coopération : ils stimulent, intensifient et, en fin de parcours, dissolvent les blocs de perception, d’intellection et d’affection que les procédés de contrôle chercheraient à canaliser vers des comportements pré établis. L’artiste fixe les paramètres de départ de cet environnement, mais il ne peut pas être considéré comme son auteur : il conditionne son développement d’une manière discrète et impersonnelle, non plus à travers une mythologie individuelle (car le terme a vieilli), mais en introduisant des diagrammes modifiables dans les processus organisationnels, et des règles révocables dans des jeux autoréflexifs ».

Brian Holmes, La personnalité potentielleTrans subjectivité dans la société de contrôle, Multitudes TR, Transmission, Hors série n°1, Printemps 2007, pp. 215-216.



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