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Jean Christophe Bailly

« Représentation, on le sait, est un mot au sens feuilleté qui court du théâtre, où sa référence est précise – au théâtre la représentation est toujours en acte – au discours philosophique et esthétique où il concerne, et notamment pour l’architecture, ce que l’on pourrait appeler une représentation déposée. Or il me semble que pour caractériser la ville, le théâtre, au sens où je viens d’en parler comme d’un bâtiment complexe et vivant, est une bonne ressource. En effet, la ville, censée être par excellence le lieu de la représentation architecturale, davantage qu’à une scène proprement dite, correspond en fait à quelque chose qui serait de l’ordre de l’effectivité du théâtre : un infini de coulisses, un dispositif autour de la représentation. Ce sont là ces « coulisses de pierre entre lesquelles on passe » reconnues par Benjamin*, mais par delà la métaphore apparait une identité dynamique fondamentale. Tandis que tout ce qui a trait à la représentation se situe de soi-même au sein de schèmes immobiles ou cadrés, ce qui a trait à l’en deçà ou à l’au delà de la représentation se structure d’emblée sur des suites cinématographiques, liées à la marche plutôt qu’à l’oeil : on passe entre les coulisses, on glisse entre ombre et soleil, on est dans du dilaté ou du resserré, dans de l’étendu. La scène, ou ce qui en serait l’équivalent dans l’espace urbain, n’est qu’une stase, une station au sein d’un déploiement complexe de circulations, de services, de raccourcis, de passages. (…) Dans la scénographie urbaine, la scène, ou ce qui fait représentation, est comme un arrêt sur image, comme une césure dans le procès labyrinthique du tissu. La marche s’immobilise, c’est comme si le corps prenait de lui-même conscience de faire partie d’un dispositif optique qui l’intègre et qui remplace pour un temps le système portatif, mobile et scandé, le système dynamique de tout ce qui l’entoure ».

In L’appel des coulisses, publié dans  La phrase urbaine, Fiction et cie, seuil, 2013.

* cite Benjamin à propos Paris in Correspondance, Paris, Aubier, t.1, 1979, p.52 : Notée par Walter Benjamin dès son premier séjour cette impression est celle d’une ville qui dédouane les maisons de leur lien strict à la fonction pour en faire  » des coulisses de pierre à travers lesquelles on passe » (Bailly, p.76).



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