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Antonio Negri, Michael Hardt / A propos du commun

 

Negri et Hardt différencient la notion de public, de celle de commun. Public, donc l’espace public renvoie à un binôme issu des révolutions bourgeoises du XVIIIème siècle, à savoir la différence public – privé. Soit une pensée construite selon les termes du capitalisme et de la sacro sainte propriété privée. Ceux qui peuvent jouir de propriété sont les plus protégés, et en face il y a la masse des sans droits, sans terre. L’espace public est géré par l’état, mais au bénéfice premier de ceux qui sont propriétaires. D’où le glissement vers la notion de commun :

 

« Par commun nous entendons tout d’abord la richesse commune du monde matériel – l’air, l’eau, les fruits du sol et toutes les libéralités de la nature – présentée dans les textes politiques européens classiques comme l’héritage de l’humanité toute entière, devant être partagé entre tous. Nous comprenons aussi et surtout le commun comme ces résultats de la production sociale nécessaires à l’interaction sociale et à la poursuite de la production : les connaissances, les langages, les codes l’information, les affects, etc. Cette notion du commun ne sépare pas l’humanité de la nature qu’elle exploite ou protège, mais se concentre plutôt sur les pratiques d’interaction, de soin et de cohabitation dans un monde partagé, encourageant ce qui est bénéfique et limitant les formes nuisibles du commun. (…) Pourtant, même si nous sommes immergés dans le commun, les oeillères des idéologies dominantes actuelles le rendent difficile à percevoir. A travers le monde, les politiques des gouvernements néolibéraux ont cherché ces dernières décennies à privatiser le commun, à faire des produits culturels – par exemple, l’information, les idées -, et même les espèces animales ou végétales, une propriété privée. Nous affirmons, en coeur avec beaucoup d’autres, qu’il faut résister à une telle privatisation. Mais l’opinion générale veut que la seule alternative au privé soit le public, c’est à dire ce qui est géré et régulé par les Etats et autres autorités gouvernementales, comme si le commun était sans importance ou avait disparu.

(…)

Une grande partie de notre monde est commune, libre d’accès à tous et se développe à travers une participation active. Le langage, par exemple, comme les affects et les gestes, reste pour une grande part commun. De fait, si le langage était privé ou public – c’est à dire si des larges portions de nos mots, phrases ou parties de discours étaient soumises à la propriété privée ou à l’autorité publique -, il perdrait alors ses capacités d’expression, de créativité et de communication.

 

Antonio Negri, Michael Hardt, Commonwealth, Stock 2012, pp. 9-10.



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