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PLAY-URBAN-MAYOTTE-ROYAUME DES FLEURS-Marie Sawiat Ali Saïd

Elle-s et les espaces #PlayUrban2021

Elle, l’incomprise
Elle comprend tout, dévore tout. Boulimique de connaissances, elle arrache le lead, s’impose dans l’espace. Elle inspire l’impertinence, la révolte,
la désobéissance. Méthodique, anti-conformiste, elle n’entre dans aucune case, aucun schéma. Dans une délicatesse sauvage et agressive,
elle apprivoise l’espace public sans gêne. Elle défie physiquement toutes les conventions, esthétiques, intellectuelles, charnelles. Elle
rit sournoisement de la foi communautaire, triche avec l’indépendance de l’esprit pour s’enraciner dans un geste incertain, dans un cœur sensible aux événements et s’incarner dans la contradiction, le doute.

Elle, le voile de la soumission
Normale, ordinaire, sans bruits, sans cris, elle bouillonne, elle suit dans le silence. Drapée dans les codes traditionnels, elle s’invente une bulle d’échappatoire dans les espaces publics, expérimente toutes propositions avec pudeur et réserve. Elle s’accroche à la forme, au destin séculaire de la femme, mariage, enfants, foyer… Elle exécute et ne proteste aucun espace, aucun geste, c’est le travail.

Elle, l’impertinente
Silencieuse, lourde de secrets et de revanche, elle déroute, arpente et bouleverse l’espace public. Elle conjure le regard par des actes forts. Elle ne veut pas, elle rit fort aux injonctions.

Elle ne gêne pas
Elle ne nous ressemble pas, elle n’est pas d’ici, elle est légère, elle n’effraie pas les codes. Elle peut
se mettre en scène, elle attire les curiosités, les fantasmes, sans perturber le mental de l’espace public. Son geste est déplacé du contexte et le regard public interrogé n’est pas heurté.

Elle-s, l’incomprise, le voile de la soumission, l’impertinente, ne gêne pas !

Nous sommes à Mayotte, cette île où toute la jeunesse de la région Comores – Madagascar converge à toute vitesse et trouve refuge aux côtés d’une nouvelle génération mahoraise.

Elle-s agacent mes propres interrogations sur leur place, leur rôle, leurs actes dans cet espace où tous les questionnements sont possibles, où malgré leurs minorités, la question du genre ne devrait pas être un frein.

Elle-s ont trouvé elles aussi leur refuge, leur corps dans les espaces publics.

Elle-s ont vu le jour ici et là-bas. Elle-s
se heurtent à un héritage commun de la représentation du genre féminin, qui adoucit l’acte et la parole publique de la femme Mahoraise.

Les récits et témoignages sur la femme Mahoraise, la décrivent indépendante, protestataire, combative mais pas agressive, ni belliqueuse. Son mode de combat, la

« chatouille ». Un mode protestataire qui nuance la violence et le rire, la colère et la douceur, la force et la soumission. [https://www.cairn.info/ revue-le-mouvement-social1-2016-2-page-57.htm]

Comment sortir du cercle ? Poser un acte ?

L’espace artistique et performatif propose le dépassement de soi, la possibilité de briser le cercle de représentations dans la conscience collective. Cependant l’acte performatif dans l’espace public heurte.

Entre le voile de la soumission et l’impertinence, le geste est posé.

Non, Elle-s ne sont pas possédées !

Elle-s se libèrent de toutes les frustrations, en incorporant l’esprit des rois, des guerriers, des colons, des conquérants… Lors d’une performance dans l’espace public de croisements individuels, collectifs.

Telle une cérémonie Trumba ou Patrossi, une traversée non spectaculaire mais où chaque geste répétitif éveille la curiosité et interroge le mouvement, isolé de son quotidien, exagéré de son sens.

Le Trumba ou le Patrossi, un phénomène régulateur social, permet la guérison, d’extérioriser les actes réprimés par les règles sociales.

Elle-s, participent à une cérémonie de Trumba, sous le voile de la soumission, « Moi j’allais m’enfuir, c’est juste des vidéos et j’ai déjà peur ».

Mais YESS ! Crient-elles ! Elles s’adonnent avec conscience à leur geste performatif et imposent le regard, l’écoute dans l’espace public… La Barge !

« La pratique des trumba démontre dès lors la ferme résolution des femmes « Mahoraises »
de s’extraire de l’assignation de genre qu’elles subissent, et témoigne de l’ingéniosité de leurs stratégies de lutte. » Anil Abdoulkarim [https:// muzdalifahouse.com/2020/02/17/rumba-a-mayotte/]


Je suis née à Dzaoudzi, à Mayotte, dans les territoires français d’Outre-mer. 

Ma mère m’a nommée Sawiat et mon père, Marie. 

Je m’appelle Marie Sawiat, c’est mon prénom. 

Mon père s’appelle Ali, mon grand-père Saïd et mon arrière-grand-père Amri. 

Dans l’attribution de notre patronyme, nous héritons du prénom de notre père et grand-père. 

Je m’appelle donc Marie Sawiat Ali Saïd.

Mon père s’appelle Ali Saïd

Mon grand-père paternel, Saïd Amri

Ma grand-mère paternelle, Laza Adballah.

Ma mère s’appelle Salima Issihaka

Mon grand-père maternel, Issihaka Hamissi

Ma grand-mère maternelle, Zaïna Digo

 Je suis mahoraise, j’ai grandi à Mayotte et vécu plus de 20 ans en Europe (France, Angleterre, Belgique). J’ai croisé le monde et je suis revenue vivre à Mayotte en 2015 avec ma famille franco-congolaise. Ensemble, nous inventons, créons un nouveau lieu de vie, de rencontres, de croisements et de créations artistiques, ici à Mayotte, le Royaume des Fleurs.

 



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