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Play-Urban-Mayotte-Royaume des Fleurs-25-09-21- esquisser#16 – Eddie Bouchraty Hassane Ali

J’ai une idée, j’ai choisi la liberté, je n’ai pas encore trouvé le lieu. D’habitude quand je danse, je suis toujours en colère, je me défoule, alors je veux raconter une histoire en dansant du début jusqu’à la fin au lieu de raconter ce que j’ai là en moi tout de suite.


Vendredi 24 et samedi 25 septembre, sur 2 après-midi et débuts sont présentés dans les espaces urbains et naturels de Grande Terre une série d’esquisses de projets (performances, installations, vidéos…) quelque chose d’un geste en devenir s’y lit. Les projets ne sont pas finalisés, comment auraient-ils pu l’être en 3 semaines de résidence alors que les étudiants de Strasbourg et de La Réunion venaient à Mayotte pour la première fois. Il leur fallait avant tout commencer à comprendre où ils mettaient les pieds afin produire des gestes suffisamment en résonance avec les réalités très complexes de l’ile. Certains projets devraient être poursuivis prochainement d’autant que certains étudiants nomment leur désir de prolonger un temps leur présence ici.

Je suis Eddie Bouchraty Hassane Ali . Mon père s’appelle Eddie Ben Assad Ali.  Ma mère s’appelle Roukia Djaffar Mzé. Mon grand-père s’appelle Djaffar Mzé et Ali. Je viens de Grande Comore, Ngazidja, mon père et ma mère viennent aussi de Ngazidja. Ils sont tous vivants même mes grand-parents, enfin sauf le père de mon père, il est mort récemment. Ma mère habite toujours à Moroni, j’habitais avec elle jusqu’à mon arrivée ici.

J’étais malade, c’est comme ça que je suis arrivée à Mayotte, ma mère ne faisait pas confiance aux medecins là-bas, ma tante a proposé de m’accueillir afin que je sois soignée ici. Au départ je ne voulais pas rester mais je me suis dit que les gens là-bas allaient parler, puisqu’en général quand on vient à Mayotte, on vient pour faire sa vie, je ne pouvais pas rentrer sans avoir fait la mienne, et rien apporter aux Comores. Du coup je suis restée, j’ai déposé les papiers (demande de titre de séjour) pour mon fils et moi, je suis restée pour avoir une vie meilleure qu’aux Comores, parce que je suis une mère jeune et je pourrais me débrouiller plus facilement ici que là-bas. Je pourrais dire que là-bas c’est facile puisque je suis entourée de ma famille qui me chouchoute beaucoup mais ici je pourrais gagner ma vie. 

Au départ, je me suis toujours dit que je ne viendrai jamais ici, parce qu’on parlait trop de délinquance et tout. Je vis ici mais j’ai toujours peur, je me méfie d’ici, aujourd’hui tu as des papiers, demain on te retire ce que tu as obtenu, le lendemain on te les donne à nouveau et puis tu te fais agresser pour 10 centimes, je vis ici mais j’ai pas envie que mon fils grandisse là. 

J’essaie de gagner ma vie, de réussir mes projets. Je travaille au Royaume des Fleurs. Quand j’étais à jour, j’avais un contrat avec la compagnie Kazyadance. Pour moi, c’est un endroit magique, lorsque tu y entres, tu oublies tous les soucis, tu oublies tout ce qui s’est passé, je ne sais pas pour les autres mais c’est l’effet que ça me fait, j’oubliais, c’est un endroit magique. Et quand je rentre chez moi, je me rappelle que j’avais un truc… une perte, plus de lien familial et quand je suis arrivé au Royaume, c’était comme si je vivais chez moi, ça me rappelle les Comores, avec ma famille (chuchoté)

J’ai choisi de raconter un lieu, partager l’histoire de ce lieu avec les autres, les autres qui ne vivent pas ici, qui ne connaissent pas l’histoire. Je les ai amenés là-bas pour leur faire découvrir ce que moi je sais. C’est une maison dans laquelle les gens qui y vivent ne sont vraiment pas en sécurité. (bruit d’avion qui atterrit et coupe la parole) et qui sont considérés comme des rats, certains ont des papiers, certains n’en n’ont pas. 

Le koissa !

Traverser, certains embarquèrent pour traverser
Une histoire de survie et de sauvetage
Ils voyagent, migrants vers Mayotte, au milieu de l’océan tu vois le ciel et les rochers avec le désespoir, tu ne sais même pas où se trouve le chemin pour Mayotte. Mer grossit, traverse puis est propulsé.
Détresse des femmes, d’enfants et d’hommes à la dérive.

 



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