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Play-Urban-Mayotte-Royaume des Fleurs-25-09-21- esquisser#17 – Attoumani Hamza Ben Djadidi

Pour le projet, je travaille avec Cassandre et Jesu, sur le geste et le texte. L’idée est de coller le texte au corps de Jesu qui ensuite le dansera


Vendredi 24 et samedi 25 septembre, sur 2 après-midi et débuts sont présentés dans les espaces urbains et naturels de Grande Terre une série d’esquisses de projets (performances, installations, vidéos…) quelque chose d’un geste en devenir s’y lit. Les projets ne sont pas finalisés, comment auraient-ils pu l’être en 3 semaines de résidence alors que les étudiants de Strasbourg et de La Réunion venaient à Mayotte pour la première fois. Il leur fallait avant tout commencer à comprendre où ils mettaient les pieds afin produire des gestes suffisamment en résonance avec les réalités très complexes de l’ile. Certains projets devraient être poursuivis prochainement d’autant que certains étudiants nomment leur désir de prolonger un temps leur présence ici.

avec Cassandre Albert, Victoria Jospin, Myriam Omar Awadi, Garance Rolland, Nicolas Verguin et Inssa Hassna (Jesu)


Je me nomme Attoumani Hamza Ben Djadidi, ma grand-mère s’appelle Fatima Said, mon grand-père s’appelle Ahamed Massondi, tous originaires d’Anjouan. Je me présente sous le nom de Ben Djadid, nom que ma grand-mère a décidé de me donner et Hamza de deuxième prénom choisi par ma mère. 

Je suis Comorien et fier de l’être, mais Mayotte est ma terre de vie. Je me sens Mahorais, cela fait 26 ans que je vis à Mayotte où ma conscience s’est éveillée et non aux Comores où je n’ai pas vécu. 

Dans la vie, j’ai plusieurs casquettes; je suis enseignant, c’est mon travail quotidien, par ailleurs je suis ce que l’on appelle un ‘jeune écrivain’ et formateur en fonction des demandes. Pour ce qui concerne l’art, j’ai été formé par l’auteur Jean-Luc Raharimanana, originaire de Madagascar, venu à l’université de Mayotte pour un atelier d’écriture. J’y suis allé au début pour m’amuser, j’écrivais des bouts de textes que je ne prenais pas au sérieux, puis je me suis pris au jeu des exercices et me suis rendu compte que cette nouvelle forme d’écriture structurée m’a appris à aimer l’écriture. 

Ma rencontre avec le Royaume des fleurs a été un enchantement. J’ai commencé à y venir avec une amie dans l’idée d’enrichir notre savoir-faire en écriture. Ma participation au spectacle ‘Murmures des décasés’ m’a définitivement accroché au Royaume.

 Concernant la présence des étudiants, je suis impressionné par leur manière de voir les choses et par les techniques qu’ils utilisent. Nous avons des choses en commun qui se complètent et régulent nos écarts. C’est comme une école qui n’est pas une école car on s’apprend sans limite, sans se conditionner, nos méthodologies sont complémentaires, il n’y a pas de ‘prof’, nous sommes les profs, les idées sont échangées sans qu’elles soient appropriées, elles servent à construire des projets communs.

Pour le projet, je travaille avec Cassandre et Jesu, sur le geste et le texte. L’idée est de coller le texte au corps de Jesu cela se passera dans le cimetière de Pamandzi où l’absence de lumière nous a impressionné, après un temps d’adaptation l’on voit uniquement des rectangles et des croix blanches ainsi que les fleurs blanches des frangipaniers qui couvrent les tombes et le sol, elles brillent et rendent ce lieu paradoxalement vivant.


C’était un soir, mais pas comme les autres, je suis resté surveiller la nuit étoilée. J’ai commencé à cligner des yeux jusqu’au moment où j’ai rêvé que la terre tremblait. Non ce n’était pas un rêve, elle frissonnait réellement. Première fois que j’ai vécu un phénomène pareil. Que t’arrive-t-il mer ? Me suis-je demandé sans attendre de réponse. Debout à l’entrée de mon foyer, j’ai senti la présence d’un puissant homme. C’était lui le Monstre ancestral, Adrian Le Souli.

J’ai toujours entendu parler de cette fable, mais j’ai longtemps cru qu’il s’agissait d’éveiller la peur chez les petits enfants. Mais c’était lui, il existe. L’origine de ce tralala terrestre peut être ? Il, le tremblement s’était arrêté.

Je suis resté sous silence devant cette omniprésence, fossile éprouvant. Adrian Le Souli. Le connais-tu ? Est-il aussi vieux que toi, mer ? Est-que c’est toi qui l’avais envoyé me faire noircir la chair ? Je poursuis mon récit.

“Inutile d’essayer de t’enfuir” : me dit-il. À quel moment j’aurai eu l’heure de penser à une chose pareille me suis-je interrogé ? Sa voix était tellement vieille qu’elle fait vibrer mon corps. La nuit le discréditait, il ne semblait pas très grand en fin de compte. Une personne ordinaire. Les gens abusaient sur cette légende, je trouve. Toi, mer, au moins tu mérites ta personne. Tu n’y vas pas de main morte, tu prends comme tu donnes. Pas de quartier, tu es l’élue des mystères des abysses mais encore des crimes, des prises en otage, disparitions sans explication. Cela dit, j’étais continuellement silencieux devant cet homme. J’avais les lèvres cousues. En sentant mon incapacité à balbutier, il a éclaté de rire. M’a demandé alors si je le connaissais. Silence. Moi je ne connais et vois que toi ! Mer des océans.

“ Je vais me présenter à toi” : m’a-t-il déclaré droit sous la surveillance de l’astre de la nuit. Il a continué son délire dans cette ambiance sauvage. J’ai soudainement pensé à notre premier entretien, la soirée était similaire. Et c’était dans cette atmosphère que le monstre a continué son charabia.

“Je suis un héros, mythe, monstre, charlatan, ou juste un fantôme. J’ai l’âge de la création de toute chose. J’habite dans la pensée archipélique, mais aussi à la pointe de Mahabou pour faire court. Un site où des milliards d’esprits fêtent l’arrivée d’offrandes, données par vous autres créatures, simples d’âme. D’ailleurs l’autre jour j’ai croisé le sultan Djinn Djumoi, qui m’avait l’air très satisfait du miel et de ce coq noir. Il m’a raconté que vous faites une danse en leur honneur, c’est vrai ? Non ne me donne pas de réponse, c’est d’une telle stupidité que j’ai la trouille que ta riposte me tue immédiatement. Mais juste le fait de penser que vous animez des scènes de cannibalisme pour des croyances futiles, j’explose de rire. Enfin bref. J’ai échoué sur ce bout de roche il y a quelques lunes, à cette époque les occupants étaient moins cultivés et se nourrissaient de blé.

L’oasis était en pleine création, les guerres entre eux me faisaient plus plaisir qu’autre chose. Eh oui j’ai été chassé par les miens parce que je suis un escroc”.

Il a dit cette phrase avec un léger sourire. Tu dois sûrement te demander ce que je te raconte n’est-ce pas ? Au moins moi je parle, je ne suis pas comme toi qui ne fais que partir et revenir. En laissant devant toi les écumes comme trace de ton passage. Il, Adrian Le Souli a donc repris son monologue.

“Tu te demandes ce que j’ai fait pour ? C’est simple. Je violais les jeunes filles de ma patrie. De la chair innocente et tendre. Pur délice. Une nuit, alors que je partais chercher une demoiselle, je les ai entendus se dire qu’ils allaient tous se réunir pour m’égorger, pour donner suite à ma jouissance pleinement goutée. Tu te doutes que je n’allais pas rester. J’ai alors pris le premier souffle pour un voyage sans issue. Et me voilà sur un îlot où les sauvages travaillent nus, main dans la main, crient de temps en temps, surtout si c’est une cause perdue. Ils m’épuisaient quelquefois à brailler pour des singeries. Toutefois j’ai été bien accueilli tel le roi, la légende que je suis. On m’avait confié la responsabilité totale des champs du sud. J’ai bâti mon empire soi-disant passant. Je n’ai plus cette envie de viande fraîche. Je suis le Dieu de toute chose ici.”

J’ai déchiffré dans son intonation qu’il en était fier. J’ai l’impression qu’il te ressemble un peu. Lui il a violé les filles de sa patrie tandis que toi, mer, tu tues tes enfants sans distinction. Mon esprit retrouvait mon âme dans l’obscurité assistée par Adrian Le Souli. J’ai respiré calmement, j’ai compris qu’il ne voulait pas autant me faire de peine, juste avoir quelqu’un pour se vanter de ses exploits. Je lui ai doucement demandé de me conter ses récits, car j’étais curieux de connaître en profondeur la fameuse créature qui tenait la peur dans ses griffes. Il m’a ordonné de m’assoir et de bien tendre mes oreilles.

“Je voyage souvent, je passe par le trou du lac de Dziani pour aller dans les îles à côté. À première vue on dirait qu’un Gargantua a abrégé sa soif dans cette cuve.

Une cavité croissante, d’eau couleur verdâtre, trou où Dame nature
s’est forcément baignée dedans. Lieu sacré paraît-il. L’odeur n’est pas convenable. Entre l’arôme des poules qui picorent dans l’au-delà et les résidus humains qui côtoient l’endroit, parfois c’est un tourment pour mon génie spirituel. Au cours de mon voyage quand l’envie me prend je pique
une petite causette avec le vieux sultan Djinn Maoré. Il est naïf chétif craintif, enfin tout ce qui se finit en “f” le définit. Il m’ennuie avec la même anecdote, que désormais je connais sur les traits des babines. Il me dit tout le temps qu’il s’est battu pour obtenir sa place au fond des abysses
de Dziani. À ce qu’il paraît, il s’agit d’une guerre sans fin qui oppose deux sultans Djinn : le sultan Djinn Maoré contre la sultane Djinn Comoria.
Faut dire que cette minuscule caldeira a été longtemps sous le joug de la sultane Djinn Comoria. Celle qui se croit pleinement au-dessus de toutes les îles. Au passage, je ne l’aime pas. Elle est considérablement ronde, la langue bien tendue. La peau très foncée et dégage parfois l’odeur du nouveau-né. Enfin pour venir à nos marmottes, cette querelle enfantine a causé quelques pertes humaines mais rien de grave. D’après l’ancien sultan Djinn Maoré, un référendum a été la clé qui lui a permis de conserver sa place. Bien-sûr jusqu’à l’heure, cette bataille est constamment mise à jour par ces derniers. Entre l’autre qui aspire la reconquête de l’étang et l’autre qui revendique sa libération. Ceci dit, le sultan Djinn Maoré a cependant de la souplesse dans ses mouvements… ».

Hamza Lenoir

 

 



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