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LE MARCHÉ DE LA MEINAU
Chloé MARLIOT

Peau filée

Coudre des angoisses

Porter des bas couleur chair sous ma robe.

Se positionner dans le marché de la Meinau à Strasbourg.

Choisir une couleur de fil à broder en fonction de ce qu’il y a autour.

Coudre une sensation, un mot entendu, une forme observée.

Contorsionner mon corps pour y parvenir.

Au départ, j’étais animée par beaucoup de doutes et d’anxiété à l’idée d’être au marché, le contact avec les gens me semblait difficile … Avec ce projet, ce sont les gens qui viennent à moi. Coudre une sensation est ma ligne directrice, à partir de là, ils s’inventent leur propre histoire. Je n’ai pas eu besoin de dire grand chose, les gens se persuadent eux mêmes que c’est ma véritable peau. Il a suffit ensuite de jouer entre les lignes.

– Cela ne vous fait pas mal ?

– Non pas du tout. 

– Mais vous ne saignez jamais ?

– Non, cette peau ne saigne pas.

– Vous avez une technique spéciale ? 

– J’y vais plutôt à l’intuition je fais comme ça vient.

Il y a ceux qui regardent du coin de l’œil, ceux qui s’arrêtent pour observer et les autres, qui entrent en contact. Les gens sont curieux, surpris et heureux de savoir qu’ils font partie de l’œuvre. Je brode ce que je vois, ce que j’entends, ou ce que l’on me dit de broder. Je brode aussi l’invisible, tout ce qui se passe au moment où je réalise la performance est présent sur ma «peau», même si c’est de manière invisible. Tous les individus que je croise en font partie, ils ont posé leurs yeux dessus. Pour moi il s’agit d’ouvrir une porte à la rencontre, sans pour autant lui forcer la main. Je me détache en déchargeant mes pensées sur le fil et l’aiguille. La peau devient le pont entre eux et moi. Cela nous donne un but commun et favorise la discussion.

 



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