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Conakry – Univers des Mots
par Hakim Bah son directeur artistique

UNIVERS DES MOTS

Depuis 2012, le projet Univers des Mots défend les écritures contemporaines en favorisant le déploiement du texte au plateau et la rencontre des projets artistiques avec le public. 

Il accueille tous les deux ans en résidence à Conakry (Guinée) des équipes artistiques de pays et continents différents. 

Univers des Mots accompagne les auteur.e.s dans leurs processus d’écriture et offre aux artistes de plateau des espaces d’expérimentations. 

Auteur.es, metteur.e.s en scène, comédien.ne.s, danseur.s, circassien.s, performeur.s et scénographes profitent de trois semaines de travail au plateau pour explorer une écriture dans une démarche de partage et d’enrichissement mutuel. 

Ce travail aboutit à une présentation des spectacles issus des chantiers.

En 2017, Bilia Bah (fondateur du projet) m’a proposé de prendre la direction artistique. 

De simple festival de lecture, nous sommes passés à une fabrique qui accueille une dizaine de projets artistiques rassemblant plusieurs disciplines. 

Confronté au manque d’espace, s’est posée (pour nous) très vite la question: où faire du théâtre?

Le Centre Culturel Franco-Guinéen qui offrait généreusement ses espaces aux équipes en chantier ne pouvait plus suffire pour accueillir tous les projets. `

Il fallait réfléchir autrement.

Trouver d’autres lieux de travail.

En inventer.

D’où l’appel à des scénographes d’investir des quartiers de Conakry, d’ouvrir d’autres portes, d’aller vers des personnes qui n’allaient pas au théâtre. 

2017: nous avons commencé timidement dans le quartier la minière à mettre la question scénographique au centre de la réflexion dramaturgique. 

2019: implantation et ancrage dans deux quartiers populaires de Conakry: Kaporo et Nongo. Là, plusieurs lieux ont été investis : des cours familiales, des terrains de foot, des villas, des maisons des jeunes, des garages, des entreprises. Et les artistes en ont fait des lieux de paroles, de poèmes, de cris, de rire, de réflexions, de débats, de transpirations, où le geste artistique rencontre le quotidien du spectateur.

En invitant des scénographes européens et africains à venir travailler dans ces quartiers de Conakry, l’idée pour moi était de proposer des projets nés de la rencontre d’un lieu. 

Ici l’espace existe déjà. 

Il ne s’agit pas d’implanter une scénographie dans un lieu existant mais plutôt de se laisser transpercer par ce que propose ce lieu. 

Puisque le cadre est déjà là, il revient à l’artiste, aux artistes (le temps de trois semaines de travail) de l’habiter, de l’habiller, le modeler, le moduler… 

Ici, l’espace impose à l’artiste une autre approche de l’espace, sa vision vient se fondre dans ce qui existe déjà, dans le décor naturel. 

Le choix de l’espace de travail est déterminant. 

Quel espace pour quel projet? 

Ce qui fait que la place du scénographe devient central. 

Le scénographe en participant à l’inscription, non plutôt, à l’écriture du projet dans le dehors devient auteur à son endroit. 

A la question: pourquoi faire un festival dans des quartiers de Conakry? 

Je réponds: se rapprocher des gens. 

Je réponds: aller parler à des gens à qui on ne parlait pas. 

Je réponds: provoquer l’inattendue, la rencontre inattendue avec le public, qui vient là par hasard, quelqu’un de passage qui partira avec un mot, avec une image, avec un rire, avec…

Je réponds: ne pas attendre que le spectateur vienne vers nous, mais aller vers lui, titiller sa curiosité, s’inviter dans sa rue, dans sa maison, chez son voisin, dans son lieu de travail, s’incruster dans la circulation, troubler la cacophonie habituelle, attirer un regard, puis deux, puis trois, puis des voitures qui klaxonnent, puis des taxi-motos qui s’arrêtent, puis des phares, puis c’est qui, puis c’est quoi, qu’est-ce qu’ils font? 

mais qu’est-ce qu’ils font? 

mais qu’est-ce qu’ils font? 

mais qu’est-ce qu’ils font? 




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